Deux ans
Votre enfant devient de plus en plus autonome et commence à tester son indépendance. Son humeur change plus rapidement et différentes situations peuvent déclencher une crise de colère.
En grandissant, les enfants prennent conscience qu’ils sont des personnes distinctes de vous.
Votre enfant constate que son corps, ses pensées et ses besoins lui appartiennent. Il peut prendre des initiatives et parvient de mieux en mieux à évaluer ses propres capacités. Si un tout-petit âgé d’un an tente sans hésiter de porter un énorme paquet, son aîné, âgé, lui, de deux ans, réalisera peut-être déjà que cela dépasse ses possibilités.
Votre enfant vit de plus en plus sa propre vie. Bien qu’encore étroit, le lien qui le relie à vous se desserre peu à peu: il se découvre lui-même ainsi que les personnes qui l’entourent. Il vit de manière plus consciente ses propres sentiments, comme la fierté, la gêne ou la culpabilité. Il parvient de mieux en mieux à percevoir ce que ressentent les autres. Il peut ainsi aider, consoler ou être jaloux.
Votre enfant est de plus en plus indépendant et n’obéit plus aussi facilement qu’auparavant. Maintenant qu’il peut avancer tout seul et se faire comprendre par le biais du langage, il commence à tester consciemment cette autonomie. Ainsi apprend-il à distinguer entre «je» et «tu», entre «le mien» et «le tien». Au début de la troisième année, les enfants se nomment encore souvent par leur prénom. Mais avec le temps, votre enfant parlera de plus en plus fréquemment de lui-même en utilisant la forme «je». Avec l’apparition de ce pronom, c’est une nouvelle étape de la vie qui commence pour votre enfant. Vous entendrez souvent, dans sa bouche, des «j’ai», «je fais», «je veux» ou encore: «Non, je veux pas!» Il exprime désormais ses envies plus souvent, et avec davantage d’intensité. Si sa volonté lui ouvre de nouvelles voies, elle va également se heurter assez fréquemment aux limites de son entourage et provoquer, on s’en doute, des conflits intérieurs et des tensions.
Les jeunes enfants expriment leurs sentiments beaucoup plus directement et plus spontanément que les adultes. À deux ans, s’ils montrent encore plus clairement qu’avant leur joie et leur bonheur, il en va de même de leur colère ou de leur tristesse. L’humeur change rapidement, parfois d’une seconde à l’autre. Une grosse larme n’a même pas fini de couler sur sa joue que l’enfant s’amuse à nouveau.
À l’inverse, les rires peuvent brusquement se transformer en sanglots, surtout lorsque l’enfant est fatigué ou malade. Il sera temps alors de le prendre dans vos bras pour le consoler. Et ne vous étonnez pas trop s’il est incapable de vous expliquer les motifs de son chagrin: à cet âge, il est encore difficile pour lui de traduire ses sentiments en paroles.
Il y a cinq minutes à peine, Zoé assemblait avec grand plaisir les éléments de son petit train en bois. Et voilà qu’une pièce se coince… La fillette, fâchée de cet incident, met fin prématurément au jeu en jetant violemment les pièces loin d’elle et en hurlant de toutes ses forces. Entre l’âge de 18 mois et l’âge de trois ans, la plupart des enfants connaissent de telles crises. Nous l’avons déjà évoqué ici: il suffit que les choses ne se déroulent pas comme l’enfant le souhaite pour qu’il pleure ou se mette en colère de façon extrêmement rapide. Ce n’est pas toujours simple à gérer, mais cette volonté de faire valoir son opinion et ses intérêts fait partie de la découverte de la persévérance et du développement de la volonté.
Cette période que nous, adultes, appelons «phase d’opposition» ne doit pas être prise pour une manifestation de provocation délibérée envers les parents ou les personnes qui s’occupent de l’enfant: pour les petits, c’est un tiraillement constant entre «être capable» et «ne pas être capable», entre «vouloir» et «ne pas vouloir». Durant cette phase, qui correspond à la quête de l’autonomie, succès et déceptions s’enchaînent.
Ce matin, Arthur accompagne son papa qui va faire les courses. À la boulangerie, celui-ci lui propose de choisir une friandise. Difficile, voire insurmontable, à cet âge, de se décider devant tant de bonnes choses. Arthur voudrait trois choses à la fois: une tranche de gâteau, un croissant et une branche de chocolat. Mais il n’a droit qu’à une seule chose et doit se décider. Un tel choix le plonge en fait dans un profond désespoir. Devant cette situation qui le frustre et le désoriente, voilà qu’il se roule par terre en pleurant, en plein milieu du magasin.
Dans un tel moment, l’adulte a de la peine à comprendre la réaction de l’enfant alors qu’il ne pensait qu’à lui faire plaisir. Une solution serait de lui proposer d’emblée deux ou trois choses parmi lesquelles il pourrait choisir.
Bien d’autres raisons peuvent provoquer la colère de l’enfant comme, par exemple, une chaise placée au mauvais endroit et qu’il est incapable de déplacer, ou encore une bouteille qu’il ne parvient pas à ouvrir. Ce type de scènes arrive tous les jours. Ainsi, lorsqu’un enfant de deux ans constate qu’il ne peut pas tout faire, que tout ne fonctionne pas comme il l’entend, qu’il ne peut pas obtenir tout ce qu’il désire, qu’il se heurte à des limites, son équilibre intérieur «éclate», il a le sentiment d’être dépassé, et c’est la crise de désespoir.
La fréquence et la violence de telles scènes varient d’un enfant à l’autre. Et voilà qu’en plus, lorsque vous vous approchez de lui, il vous décoche un coup de pied dans le tibia! Essayez de ne pas accorder trop d’importance à ce genre d’attaques. Ne le frappez surtout pas à votre tour, mais expliquez-lui fermement qu’il vient de dépasser les limites. Il faut des années aux enfants pour parvenir à gérer eux-mêmes leurs frustrations, les refus et les limites à respecter.
Certains enfants vont connaître des crises de larmes particulièrement spectaculaires lorsqu’ils sont fâchés ou se sont fait mal: ils pleurent sans reprendre leur souffle, jusqu’à en devenir bleus, voire perdre connaissance; leur corps devient mou et il leur faut quelques secondes pour recommencer à respirer normalement. Même si de telles crises n’ont rien à voir avec l’épilepsie, il est bon d’en parler au pédiatre.
Ces réactions, qui font partie intégrante du développement normal, peuvent durer plus ou moins longtemps. Quoi qu’il en soit, la phase d’opposition et les éclats qui la caractérisent reflètent l’instabilité intérieure des jeunes enfants: ils veulent partir seuls à la découverte du vaste monde, mais il leur est difficile de se défaire du cocon parental.
Un enfant a besoin d’expérimenter ses possibilités et limites, et c’est ainsi qu’il va répéter cent fois par jour: «Non, je ne veux pas!» Il n’agit pas de la sorte pour vous ennuyer, mais parce que c’est sa manière de développer sa personnalité. Inutile par conséquent de le punir ou de le contraindre à s’excuser pour qu’il apprenne à obéir: il doit pouvoir tester ses capacités et ses limites. Il arrivera donc fréquemment que votre enfant vous réponde «non», qu’il s’en aille lorsque vous l’appelez ou qu’il refuse de manger lorsque vous passez à table.
Il peut également arriver qu’il fasse une crise en public, durant les courses ou dans les transports en commun. Vous aurez certainement droit aux regards désobligeants d’autres passagers, voire à des commentaires ou à des conseils. Essayez de rester calmes: si vous vous énervez, vous perdrez tout contrôle et serez tentés d’élever la voix (même si vous ne le souhaitez pas), ce qui rendra la situation encore plus tendue.
Imagination, flexibilité, empathie et compréhension: voilà ce qui est nécessaire pour vivre au quotidien avec un enfant obstiné qui découvre sa propre volonté. Faire preuve de souplesse, comme nous le suggérons ici, ne signifie pas pour autant abdiquer. Il est bon qu’un enfant connaisse des limites: il cherche ainsi à savoir jusqu’où il peut aller. Cela lui permet de mieux se connaître et de découvrir ses aptitudes. Simultanément, il teste aussi ses parents et la résistance qu’ils vont lui opposer. Les parents, par leur cohérence et par les limites qu’ils lui imposent, lui permettent d’affronter la réalité et de trouver sa place dans la communauté. Prenez donc au sérieux les défis de votre enfant, ne vous moquez pas de lui et ne vous laissez pas provoquer. Attention toutefois à imposer des règles de vie judicieuses, évitant ainsi des luttes de pouvoir à propos de futilités.
dans les situations dangereuses, lorsque votre enfant pourrait en blesser d’autres ou se faire lui-même très mal;
lorsque vous voulez préserver des objets qui vous sont chers ou sont inadaptés aux mains d’un enfant;
quand la liberté de l’enfant empiète sur celle des autres. Les adultes ont des besoins et des habitudes qu’il doit apprendre à respecter.
Lorsqu’un jeune enfant s’estime par trop freiné dans ses actions, il arrive qu’il réagisse par des manifestations de frustration. Si vous ne posez pas de limites, par crainte justement de déclencher une «grosse colère», vous rendez un mauvais service à votre enfant en le privant d’expériences importantes: les frustrations font partie de la vie de tout un chacun et nous ne pouvons les éviter à nos enfants. En tant que parents, nous devons supporter les réactions qui en résultent, même si ce n’est pas toujours facile.
Pour commencer, il faut tenter de percevoir dans quelles situations votre enfant veut imposer sa volonté. En prenant note, sur une période donnée, de ce qui se passe au quotidien, vous parviendrez peut-être à repérer les éléments déclencheurs de ces crises et à voir dans quelle mesure vous pouvez y remédier. Faut-il modifier le déroulement de la journée? Ou faire disparaître momentanément des jouets encore trop compliqués pour lui?
Pour éviter des conflits inutiles, il convient de faire la part des choses entre ce qui est indispensable et ce qui est accessoire. L’assiette doit-elle impérativement être vidée? Votre enfant doit-il toujours être tiré à quatre épingles? Les chaussettes ne sont-elles pas à l’envers? Est-ce si important? Est-ce dérangeant si un enfant de deux ans chante à tue-tête ou parle fort? Beaucoup de gens trouveront cela charmant. Réfléchissez tranquillement à ce qui est vraiment important et à ce qui ne l’est pas. Pas pour les autres, mais pour vous et votre famille.
Bien des petits ont de la peine à opérer une transition rapide entre deux activités. Lorsque vous invitez votre enfant à cesser un jeu, par exemple parce qu’il est temps de passer à table, dites-le-lui assez longtemps à l’avance afin qu’il puisse tranquillement mettre un terme à l’activité en cours.
Une seule attitude face à ce petit être qui se déchaîne sous vos yeux: garder votre calme! Il faut rester auprès de lui et attendre si possible jusqu’à ce que le gros de la crise soit passé. Votre enfant aura peut-être besoin d’être consolé et câliné. Si vous connaissez la raison de son énervement, vous pouvez vous montrer solidaires en disant par exemple: «Je comprends que tu te sois fâché∙e quand cette pièce s’est coincée. Viens, nous allons essayer de réparer ça.» Dans ces moments-là, encouragez votre enfant à poursuivre son effort, à ne pas abandonner; offrez-lui votre aide et cherchez des solutions ensemble.
Faire les courses avec un enfant qui se plaint, s’ennuie, se sert dans les rayons, se jette à terre lorsque maman ou papa n’achètent pas ce qu’il demande ou se «perd» même parfois, voilà qui demande des nerfs solides. Pourquoi ne pas le faire participer aux courses? Vous pouvez lui confier une petite liste illustrée avec deux ou trois éléments qu’il pourra lui-même prendre dans les rayons et poser dans le caddie. Ou encore vous pouvez lui donner un de ces caddies pour enfants que l’on trouve de plus en plus souvent dans les supermarchés pour qu’il se charge lui-même de la salade ou du yogourt jusqu’à la caisse. Cela lui permet de vous imiter tout en vous aidant.