Les disputes parents – enfants
Cinq ans et neuf mois
Il suffit parfois de peu de chose pour qu’une dispute éclate entre les enfants et les parents. Il vaut la peine d’en chercher les causes puis d’y trouver des solutions tous ensemble.
Les disputes éclatent souvent pour des événements très banals: Luca ne veut pas aller se coucher, Noémie a laissé traîner ses jouets partout, Malo refuse de suspendre sa veste...
Proférer des menaces («Si tu ne ranges pas tout de suite,…») ne fait pas effet très longtemps, et trouver des punitions qui soient à la mesure du «délit» n’est pas toujours facile.
Il faut aussi éviter les comparaisons: «Regarde, ton frère a déjà tout rangé!» ou: «Tu ne ranges jamais rien, tu es aussi désordonné que ton père!», car les enfants se retrouvent dans des rôles qu’ils ne sont pas en mesure d’assumer.
Fermer les yeux n’est pas non plus la bonne solution. En effet, en ignorant systématiquement le comportement déplaisant des enfants, ceux-ci ne savent pas où sont leurs limites, ni pourquoi leurs parents se mettent tout à coup en colère «pour rien», laissant éclater leur mauvaise humeur.
Chercher les causes de la dispute
Une fois les causes de la colère établies, le mieux est d’exprimer clairement ses sentiments et ses souhaits et d’associer toute la famille pour trouver une solution.
Pour ce qui est du désordre, par exemple, il n’est peut-être pas inutile de se poser des questions concrètes:
- Est-ce le désordre qui me dérange ou bien est-ce que je suis de mauvaise humeur et réagis au quart de tour. (Regarder jouer son enfant, ravi, au milieu du fouillis de sa chambre, peut aider à répondre à cette question!)
- Les enfants savent-ils à quoi s’en tenir? Leur ai-je vraiment expliqué que je ne voulais pas que leurs chaussures traînent dans le corridor?
- Est-ce que j’ai déjà dit une fois ou l’autre: «Ça me dérange, comment faire pour résoudre le problème»?
Le soir, Anaïs veut jouer avec sa mère, qui vient de rentrer du travail, mais celle-ci aimerait se reposer un moment: «Laisse-moi tranquille!» La petite s’en va, toute triste. Du coup, le soir suivant, sa mère joue avec elle, mais à contre-cœur, posant des plots ici et là, de plus en plus énervée parce qu’elle n’a pas encore ouvert le courrier. Une dizaine de minutes plus tard, elle dit à Anaïs: «Tu veux jouer, moi j’aimerais me reposer, il va bientôt falloir préparer le repas… Comment faire?» Anaïs réfléchit un instant, puis elles se mettent d’accord : maman se repose «jusqu’à ce que la grande aiguille soit en haut», ensuite elles jouent toutes les deux «jusqu’à ce que la grande aiguille soit en bas», «et après, je t’aide à mettre la table», conclut Anaïs.
«Les parents sont bêtes!»
Vous avez «déjà dit cent fois que…», mais cela entre par une oreille et sort par l’autre. Ou alors votre enfant, qui est susceptible, se sent agressé par chacune de vos paroles. Parfois, cela tient au choix des mots ou à la formulation. Si vous lui dites: «Peux-tu ranger tes plots, s’il te plaît?», il y a de fortes chances qu’il réponde: «Non», et que des discussions interminables s’ensuivent. Pour qu’il n’ait pas d’autre option, mieux vaut lui dire: «Range tes plots tout de suite, s’il te plaît!»
Quelquefois, il peut se révéler plus utile de ne rien dire – ni ordre ni explication – et d’indiquer brièvement les conséquences en cas de refus, puis d’agir de façon conséquente. Cela soulage les parents et détend la relation avec les enfants. Voici quelques exemples de conséquences dites logiques:
- L’enfant ne veut pas venir à table? Lui expliquer que le repas commence et qu’ensuite tout sera débarrassé. S’il rate ce repas, il n’aura plus rien jusqu’au prochain, ou peut-être seulement un morceau de pain.
- Il n’a pas rangé sa chambre? Lui expliquer que les parents le font à sa place, mais qu’ils n’auront pas le temps de jouer avec lui après.
Il réagira peut-être en vous disant: «Ce que tu es bête!» Mais n’ayez crainte. Aux yeux des enfants, les adultes ne sont pas toujours «gentils». Leur colère passera si vous tenez bon jusqu’au bout. L’important est de maintenir un lien direct entre la conséquence et le comportement de l’enfant. Mais il ne faut recourir à cette méthode que rarement, car il s’agit aussi d’une forme de punition.
«T’es même pas mon vrai père!»
«C’est pas à toi de me dire quelque chose!», répondent parfois les enfants de familles recomposées à leur beau-père ou à leur belle-mère. La situation pouvant être délicate, il vaut la peine de bien définir les rôles et les compétences éducatives du nouveau membre de la famille. Les enfants, les plus âgés surtout, ne veulent pas que le «nouveau» père ou la «nouvelle» mère introduise de nouvelles règles d’éducation. Ils préfèrent qu’ils n’interviennent que pour donner leur avis.
Pourquoi nous disputons-nous?
Les disputes éclatent toujours pour la même raison: les souhaits de l’un – enfant ou adulte – ne concordent pas avec ceux de l’autre. Mais il arrive que le motif de la dispute ne soit pas sa cause réelle: le sac de sport qui traîne de nouveau au milieu du salon n’est que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. En réalité, ce sont les soucis professionnels, un problème de couple ou le stress qui oppressent. Mieux vaut donc mettre le doigt sur ces vraies causes plutôt que de combattre les symptômes, se demander pourquoi on s’est mis dans une colère pareille, puis l’expliquer aux enfants.
Pourquoi ne pas leur dire: «Je suis de mauvaise humeur, parce que j’ai eu une journée épouvantable au bureau!», plutôt que de passer votre colère sur eux pour une chaussette qui traîne sur le sol de la cuisine?
Besoin de place
Les enfants se querellent parfois parce qu’ils manquent de place. Leur chambre est souvent la plus petite de l’appartement et la plus éloignée de la cuisine. Or la plupart des enfants aiment bien avoir leurs parents à proximité. Et pour chasser le lion ou se construire un château digne de ce nom avec des couvertures, il faut un peu plus d’espace que n’en offre leur chambre. Pourquoi ne pas leur donner la plus grande? Les adultes peuvent sans problème se contenter d’une plus petite pièce.
Les parents ont droit à l’erreur
Lors de conflits avec les enfants, les adultes ont vite tendance à hausser le ton. Avant de sortir de vos gonds, quittez la pièce, lancez un coussin contre le mur, comptez jusqu’à 20, buvez un verre d’eau ou, mieux encore, mettez-vous dans la peau d’un oiseau: vus d’en haut, les problèmes vous paraîtront bien loin et insignifiants.
Cela dit, les adultes ont aussi le droit de montrer qu’ils sont blessés ou en colère. Mais ils doivent, ensuite, reconnaître qu’ils ont mal réagi, s’excuser auprès de leur enfant et se réconcilier. Les enfants doivent comprendre pourquoi leurs parents se sont emportés. En discuter ensemble peut être un bon moyen de trouver comment de tels éclats peuvent être évités, d’un côté comme de l’autre. Les enfants sont rassurés de savoir que les adultes commettent aussi des erreurs et ils leur accordent volontiers une deuxième chance. Tout comme leurs parents leur en donnent une, à eux aussi.
Aujourd’hui, tout est permis!
En cas de conflit, mais aussi lorsque tout va bien, une dose d’humour ou une petite entorse aux règles d’éducation sont les bienvenues. Que diriez-vous par exemple d’instaurer un jour par mois où tous les membres de la famille seraient autorisés à roter à table?
Des écarts de ce type amusent tout le monde, certes, mais du même coup, du fait qu’ils sont permis, ils perdent de leur charme. Vous pouvez aussi essayer d’instituer un jour «bonnes manières», juste pour voir…
Jamais de fessée!
Gifles et fessées existent depuis la nuit des temps, mais restent (trop) souvent un sujet tabou. «Une claque n’a jamais fait de mal à personne», entend-on dire parfois. Mais le plus fréquemment, elles sont un signe de désarroi. Tous les parents vivent des situations qui les font grimper aux murs. Les enfants testent ces limites et les provoquent jusqu’à ce qu’ils aient les nerfs à vif. Et c’est là que la gifle part.
Éduquer en donnant des coups ne sert à rien, si ce n’est à faire mal! La violence permet certes de s’imposer sur le moment, mais en aucun cas d’atteindre les objectifs escomptés à long terme. Au contraire: la situation ne fait qu’empirer.
En tirant les cheveux de leurs enfants ou en les giflant, les parents parviennent tout au plus à les «dresser» à se comporter correctement, mais sans qu’ils n’en comprennent le pourquoi. Ils apprennent uniquement que la violence est un instrument de puissance qui peut être utilisé contre des plus faibles. La violence des parents (qu’ils donnent des coups, pincent, secouent, mais aussi ignorent, ridiculisent ou se moquent) est humiliante pour les enfants, détruit leur conscience de soi et ébranle la relation de confiance.
Si vous perdez souvent, voire très régulièrement votre sang-froid, vous devez absolument demander de l’aide. Nombre de familles connaissent des périodes où, pour une raison ou pour une autre, elles ont besoin de soutien. Vous pouvez apprendre à exprimer votre colère d’une autre manière, à définir les limites autrement. Les numéros d’urgence «SOS-parents» et les services psychologiques pour enfants et adolescents donnent des conseils en vous garantissant l’anonymat Vous pouvez aussi contacter le service Conseils aux parents de Pro Juventute; ce service est disponible 24h/24, confidentiel et gratuit.