Trois ans
La naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur change bien des choses pour le premier enfant, qui peut devenir jaloux. Que peuvent faire les parents pour favoriser de bonnes relations entre frères et sœurs?
Même si vous ne cessez de répéter à votre aîné∙e que vous l’aimez tout autant que le bébé qui vient de naître, sa jalousie n’en sera pas moindre. Davantage que des explications, il est important de lui donner des preuves quotidiennement pour lui permettre de retrouver son équilibre. Votre enfant souhaite que vous lui consacriez du temps, comme avant, par exemple à l’occasion d’une promenade, d’un repas ou même – pourquoi pas? – d’un petit voyage. Il a besoin, par moments, d’être seul avec vous, de se sentir unique. Quelle joie de pouvoir se retrouver en tête-à-tête avec vous en toute complicité, sans être dérangé par les pleurs du bébé!
L’aîné est certes le plus grand de vos enfants, mais il est encore bien petit, et pas forcément le plus raisonnable, ni le plus fort. Si vous vous montrez exigeants, il va certainement finir par se comporter conformément à vos attentes, mais ce sera aux dépens de sa personnalité. Une attitude compréhensive de votre part permettra sans doute d’éviter que la jalousie de votre aîné∙e et les conflits entre frères et sœurs ne prennent trop d’ampleur.
Votre enfant doit savoir que vous l’aimez tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts. Mais lorsqu’il découvrira le plaisir de jouer avec son frère ou sa sœur, une relation de complicité pourra s’instaurer parallèlement à la rivalité. Cette relation ne peut toutefois se nouer du jour au lendemain: les deux enfants ont besoin de temps pour faire connaissance.
Malgré toutes vos précautions, les conflits ne pourront pas être totalement évités. De toute façon, ces différends ont également un aspect positif, puisqu’ils permettent aux frères et sœurs de mûrir et de construire leur identité. Du reste, il est probable que vous ne percevrez pas directement, comme tels, les premiers signes d’affrontement. Ainsi, votre enfant aîné cherchera sans doute à détourner l’attention que vous portez au cadet, par exemple en faisant des «bêtises». Il faut donc l’intégrer le plus possible dans les soins que vous donnez au bébé, même s’il ne fait pas toujours preuve de la douceur souhaitée: il ne pourra apprendre à mesurer ses gestes que si vous lui en donnez l’occasion. Mais vous devez cependant clairement lui faire comprendre qu’il ne doit ni frapper ni mordre le bébé. Mieux vaut qu’il passe sa colère sur vous, son doudou ou sa poupée!
Plus tard, lorsque le petit frère ou la petite sœur aura grandi et que vos enfants pourront enfin jouer ensemble, les disputes vont généralement se dérouler autour de la possession d’un jouet; toutefois, ce n’est pas tant l’objet en tant que tel qui compte, mais plutôt la lutte entreprise pour attirer votre attention, pour garder ou conquérir une place dans la famille. L’enfant cadet doit se faire une place dans un trio déjà bien rodé; l’aîné, lui, veille jalousement à ne pas perdre la sienne.
Bien des parents constatent avec étonnement à quel point leur enfant cadet se développe différemment de leur aîné, et à quel point leurs centres d’intérêts ou leurs aptitudes divergent. En fait, l’un et l’autre vont déployer des trésors d’ingéniosité pour gagner les faveurs de leurs parents. Cette lutte pour obtenir l’attention et la reconnaissance est nécessaire, car elle contribue à ce que tous les membres de la famille trouvent leur place. Les parents devraient donc faire en sorte d’accepter et d’apprécier chaque enfant tel qu’il est.
Les enfants souffrant d’une maladie ou d’un handicap réclament plus d’attention et plus de soins que leurs frères et sœurs. Cette inégalité peut parfois engendrer ou renforcer chez l’enfant qui ne souffre pas de handicap un sentiment de jalousie, de rivalité, voire de culpabilité. Cela est tout à fait naturel et légitime: il est encore bien trop jeune pour faire preuve de rationalité ou d’indulgence.
Aussi est-il primordial que, dans un pareil cas, vous lui consacriez consciemment de votre temps afin que lui-aussi puisse bénéficier de toute votre attention. Il est très important qu’il voie régulièrement ses propres besoins être pris au sérieux. Toutefois, vouloir satisfaire des besoins si différents demande de très gros efforts aux parents. En effet, c’est une tâche très difficile que de vouloir répondre à toutes ces attentes – à celles des enfants (handicapés ou non), à celle du partenaire, aux tâches ménagères, aux obligations professionnelles, ou encore à ses propres attentes – et cela peut même devenir trop lourd à supporter et à gérer. Il est alors important de chercher à se décharger, de s’accorder un peu de temps et de reconsidérer ses propres attentes.
Certains enfants ne montrent pas aussi clairement leur jalousie. Ainsi, leur comportement peut être interprété comme un signal : ils ont à nouveau besoin de langes, sucent plus souvent leur pouce, se remettent à réclamer le biberon qu’ils avaient abandonné. D’autres réagissent par des maux de ventre, des éruptions cutanées, un sommeil perturbé, un moindre appétit, des «somatisations» qui attireront l’attention sur eux; ils développent de petites «manies» ou vont endommager des objets auxquels leurs parents tiennent tout particulièrement, etc. Se sentant menacés par des sentiments ambivalents, ils ne parviennent à les exprimer que de manière détournée ou les retiennent en eux, ce qui ne leur procure aucun soulagement. Ils ont particulièrement besoin que leurs parents comprennent pourquoi ils sont tout à coup si «différents», les aident à s’extérioriser et à mettre des mots sur cette jalousie. Le meilleur remède est une grande dose d’affection!
Les parents chérissent chacun de leurs enfants, mais pas forcément de la même manière. Si l’un des enfants recherche les câlins, un autre aura peut-être davantage besoin que vous entrepreniez des activités avec lui en témoignage de votre affection. Par ailleurs, père et mère réagissent souvent différemment vis-à-vis du même enfant. Il en va ainsi dans toutes les familles, et il n’y a aucune raison d’en éprouver une quelconque culpabilité.
Cependant, une attitude traduisant une préférence non justifiée pour l’un des enfants est susceptible de donner à la jalousie d’un autre des raisons de s’amplifier. Chaque enfant est un être à part, qui vit le monde différemment de ses frères et sœurs. Toutefois, pour pouvoir s’épanouir, tous les enfants ont besoin d’être reconnus – d’une manière ou d’une autre et en fonction de leur personnalité.
Ne pas intervenir trop rapidement en cas de conflit provoqué par la jalousie des enfants. Ils règlent le plus souvent fort bien leurs problèmes entre eux. Cette attitude non interventionniste vaut d’ailleurs pour toutes les disputes entre enfants, sauf bien entendu si le conflit dégénère!
Ne pas comparer les enfants entre eux; chacun est différent et a besoin que vous le reconnaissiez comme tel. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la richesse de votre famille!
Faire en sorte d’intervertir régulièrement le schéma «le grand joue avec un parent, le petit avec l’autre».
S’il en manifeste l’envie, faire participer l’enfant aîné aux soins et aux jeux du bébé: vous pouvez le baigner ensemble, l’enduire de crème et le masser, le mettre au lit en lui fredonnant une chanson… Ces moments de partage renforcent la relation entre frères et sœurs.
Les grands frères et grandes sœurs aiment souvent jouer à la maman ou au papa et prennent très au sérieux leur rôle de «papa de l’ours» ou de «maman de la poupée». Il faut donc penser à mettre à la disposition de votre enfant les accessoires nécessaires, car les ours et les poupées ont aussi besoin d’être baignés, langés ou promenés en poussette.
Confier des responsabilités à l’enfant aîné sans toutefois lui en demander trop. Il sera fier de ce qu’il pourra accomplir.
Lui consacrer des moments privilégiés, par exemple durant la sieste du bébé. Après tout, grandir ne signifie pas forcément renoncer aux câlins…
Veiller à ce que l’enfant aîné puisse aussi jouer avec des camarades de son âge. Avoir des frères et sœurs est une expérience enrichissante, qui ne remplace toutefois pas celle de l’amitié.
Éviter de s’adresser systématiquement à vos enfants comme à un groupe, par exemple en employant l’expression «les enfants». Chacun d’entre eux aime être perçu comme un individu. Par ailleurs, chacun a du plaisir à recevoir des cadeaux personnalisés… même si cela provoque parfois des conflits!
Demander aux personnes de l’entourage de prêter la même attention aux deux enfants.