Cinq ans
La mort suscite de nombreuses questions chez l’enfant. Il s’agit d’y répondre de manière adaptée et de l’accompagner dans le processus de deuil.
«Pourquoi je suis né? Ça veut dire quoi ‹mort›? Ça sent comment le bleu?»
Les enfants, ça pose des questions et plus ils grandissent, plus leurs questions invitent à réfléchir, à discuter et à philosopher. Les sujets sont souvent complexes et trouver la réponse adéquate est loin d’être un jeu d’enfants.
Lorsque vous êtes confrontés à l’une de ces questions «difficiles», qu’il s’agisse de la mort ou d’un tout autre sujet, prenez le temps de réfléchir à ce que votre enfant attend vraiment à cet instant précis avant de répondre. Veut-il un renseignement objectif, ou plutôt une réponse rassurante, ou encore veut-il tout simplement pouvoir réfléchir à voix haute avec vous à une question qui le préoccupe?
«Après la mort de ma grand-maman, ma tante m’a raconté que le ciel était plein de petites fenêtres sur le monde et qu’elle nous regardait à travers l’une d’entre elles. Cette nouvelle vision du ciel et des étoiles m’a beaucoup aidée à surmonter mon chagrin.»
Lilia, 6 ans à l’époque
Tôt ou tard, votre enfant sera confronté à la mort: il trouve un oiseau mort sur le chemin; ou son chat adoré, son chien fidèle, son adorable cochon d’Inde, meurt; voire encore un proche de la famille, un ami ou une connaissance meurt subitement, succombe à une maladie – et tout à coup, ils ne sont plus là.
Autrefois, la mort avait une place importante dans le quotidien. Les enfants étaient tout naturellement confrontés à la mort, dans le cadre familial ou au sein de la communauté où ils vivaient. Les rituels les aidaient à faire leur deuil. Aujourd’hui, les adultes se sentent souvent démunis et désemparés face à la fragilité de la vie et aux questions des enfants. La rencontre avec la mort – et les questions qu’elle soulève – fait pourtant partie du développement de votre enfant. Pas à pas, il apprend à embrasser la vie – avec ses joies, mais également avec ses peines.
C’est peut-être la mort de son animal favori, son petit «Minou» adoré, qui mettra pour la première fois votre enfant en face d’événements existentiels comme le deuil, le chagrin, l’impuissance, la douleur et la séparation définitive. Il va ressentir du chagrin, mais peut-être également de la colère, et désespéré il voudra savoir pourquoi le chat est parti, comme ça, sans même dire au revoir!
Si vous avez de la peine vous aussi, montrez à votre enfant que l’animal disparu vous manque aussi. Ne le remplacez pas trop vite, car les enfants ont le droit de faire leur deuil et ils ont besoin de temps pour surmonter leur tristesse. Prenez votre enfant dans vos bras pour le réconforter et organisez ensemble une cérémonie d’adieu. À l’image du rituel de l’enterrement, cette cérémonie permettra à votre enfant d’apprendre à accepter la situation.
Vous vous demandez peut-être si votre enfant doit assister à l’enterrement. Ou alors s’il peut voir une dernière fois la personne décédée? Il s’agit, ici, de découvrir ce qui est important à votre enfant. En tant que parents, vous êtes les mieux placés pour savoir ce qui est plus approprié pour lui. Peut-être qu’un autre rituel d’adieu est plus adapté à ses besoins. Même si devoir se séparer de quelqu’un est une expérience douloureuse, il est plus facile pour votre enfant d’accepter la mort et de lâcher prise lorsqu’il a pu prendre part lui aussi aux cérémonies d’adieu. Très souvent, les adultes veulent protéger leur enfant en leur évitant un chagrin qu’eux-mêmes ont beaucoup de peine à supporter. Mais si vous souhaitez que votre enfant accepte la séparation et la mort, il faut lui permettre de faire son deuil – tout comme de poser des questions. Il est important que vous affrontiez ce coup du destin ensemble, en tant que famille – surtout si la personne disparue vous était très proche et très chère.
«Tu te souviens comme grand-papa te prenait sur ses genoux pour te raconter des histoires?» Se remémorer les bons moments, allumer des bougies, dessiner ou peindre un album souvenir, planter une fleur ou un arbre, se rendre sur la tombe et l’entretenir: autant de gestes qui aident à surmonter, peu à peu, la perte d’un être cher.
Souvent les réponses dépendront des croyances et de la religion auxquelles vous adhérez. Transmettez votre vision des choses et vos valeurs à votre enfant, d’une part en les lui expliquant «Je pense que…», mais également en instaurant et en appliquant des rituels – tels que prières, méditations, chants ou encore conversations philosophiques au coin du lit. Vous l’aiderez ainsi à se sentir protégé et en sécurité.
Laissez-le donner son avis et exprimer ses pensées d’enfant et expliquez-lui que les gens ont parfois des opinions différentes sur certaines questions. Il est très important que vous lui appreniez à développer un esprit ouvert. Les enfants sont dès leur plus jeune âge confrontés au multiculturalisme de notre société. Pour pouvoir vivre ensemble, il est important qu’ils apprennent à être compréhensifs et tolérants les uns envers les autres.
«Elle part où la flamme quand je souffle une bougie?» Les questions que les enfants nous posent peuvent être fatigantes quand elles bousculent le fil de nos pensées ou perturbent une discussion entre adultes. Votre enfant comprend très bien que vous n’ayez pas toujours le temps de répondre à ses questions. Faites-le patienter: «Nous en parlerons après le repas, j’aurai plus de temps.» Mais n’oubliez pas de lui donner la réponse promise, vous lui prouverez que vous respectez et prenez au sérieux sa curiosité – et les questions qui en découlent. En retour, il prendra au sérieux votre besoin de tranquillité.
«Pourquoi il fait noir la nuit?» Les adultes auront tendance à répondre que c’est parce que la terre tourne sur elle-même en un jour et que le soleil n’éclaire que la face qui lui est présentée: il s’agit de la cause.
Mais en général, les enfants s’intéressent davantage au sens, à la finalité: «La nuit, il fait noir pour que nous puissions dormir».
«Pourquoi les avions peuvent voler?» Soyez honnêtes avec votre enfant quand vous n’êtes pas sûrs ou que vous n’avez pas la réponse à une question. Parfois, un temps de réflexion s’impose. Vous pouvez chercher ensemble, regarder sur Internet ou vous adresser à quelqu’un d’autre: «Allons demander à tante Béatrice, elle s’y connaît en avion et aura sûrement la réponse.» Votre enfant se rend compte de cette manière que les adultes ne savent pas tout non plus et il apprend qu’on peut s’informer en lisant ou en interrogeant d’autres personnes.
Très bonne question. Donnez une chance à votre enfant de répondre lui-même à sa question et demandez-lui par exemple: «Qu’est-ce qui se passerait si le train n’avait pas de rails?» Vous lui donnez ainsi la possibilité de trouver la solution «tout seul» comme un grand! Si vous lui faites confiance pour escalader un mur, montrez-lui que vous avez également confiance en ses capacités à philosopher. Vous serez souvent très surpris, voire amusés, par ses explications.
Au fait, savez-vous pourquoi nous avons un nombril? Pour savoir où est le milieu!