Un mois et huit mois
Les petits enfants sont curieux, s’intéressent à tout et veulent tout saisir.
Quelle expérience passionnante ce serait, pour nous adultes, de pouvoir nous glisser, ne fût-ce qu’une seule fois, dans la peau d’un petit enfant, pour voir le monde avec ses yeux… Un bout de chou de 20 mois n’a pas la même perception du temps que la nôtre: il vit dans l’instant présent, alors que nous pensons au passé ou courons sans cesse vers l’«après». Toujours pressés, nous avons souvent l’impression que le temps nous file entre les doigts, alors que les enfants observent, jouent, s’émerveillent de la moindre découverte sans s’inquiéter des minutes et des heures qui s’écoulent.
Par ailleurs, le monde qui nous entoure est conçu aux dimensions de l’adulte; les enfants, dans leur immense curiosité pour ce qui les environne, trouvent mille et un moyens pour se hisser plus haut et élargir ainsi leur horizon… tout étonnés que les adultes poussent des cris d’effroi en les retrouvant juchés sur la table.
Pour comprendre le monde, le jeune explorateur, la jeune exploratrice éprouve le besoin de tout saisir, de tout palper; les adultes, qui ont déjà beaucoup d’expérience tactile, ne s’autorisent que rarement à passer leurs doigts sur un beau tissu ou un pelage soyeux.
Les adultes empêchent ainsi souvent les enfants de toucher les objets qu’ils convoitent, soit de peur qu’ils les cassent ou les salissent, soit parce qu’ils considèrent que cela est impoli.
Enfin, beaucoup de choses qui nous paraissent banales et inoffensives peuvent effrayer un enfant simplement parce qu’il ne les connaît pas: le grondement du tonnerre, les cris d’animaux, l’aspect parfois insolite ou inquiétant de ceux-ci, la voix tonitruante d’un inconnu… Leurs intérêts, leurs besoins, leur notion du temps, leurs sentiments, leurs peurs et leurs réactions diffèrent de ceux des adultes, si bien qu’ils échappent parfois à notre compréhension.